Kenny Dalglish récupère Luis Suarez mais le garde sur le banc. Jose Enrique est absent pour la première fois de la saison, poussant Glen Johnson sur le côté gauche avec Martin Kelly au poste de latéral droit.
Harry Redknapp est quant à lui absent. Tottenham a divers problèmes de blessures qui le poussent à un 4-5-1 assez conservatif, avec dans l'axe et Niko Kranjcar en position excentrée.
Bataille au milieu
Ce fut un match assez typique de ce qu'on voit habituellement entre "grosses" équipes : peu de risques pris, lent à monter en rythme, chaque équipe tentant de faire la différence pendant de courts moments où le match s'ouvre de lui-même. Sur la première mi-temps, il y a très peu à dire sur le jeu dans la largeur : tout se déroule au centre.
Les deux équipes sont organisées assez différemment. Au départ, Liverpool joue plutôt en 4-2-3-1 qu'en 4-3-3, avec un Gerrard très haut au soutien de Carroll, et les deux autres milieux restant en retrait, avec juste un peu plus de liberté offensive pour Adam.
Le triangle du milieu de Tottenham est dans le sens inverse, avec Parker décroché en pur milieu défensif, et Modric-Livermore jouant haut. Au final, les deux triangles se superposent assez bien.
Les milieux offensifs se rétractent
Il y a des exceptions à cette superposition. Gerrard, par exemple, est souvent descendu bas sans la balle et a donc relâché la pression sur Parker, qui a alors le temps d'ajuster ses passes. Ceci a quelque peu détruit le préssing initial exercé par Liverpool : Kuyt Carroll et Bellamt ont beau travailler dur pour mettre la défense des Spurs sous pression, Parker constitue une solution de relance facile.
De façon similaire, Luka Modric démarre le match assez haut avant de reculer de plus en plus sur le terrain. Jay Spearing y gagne en liberté, bien que ses tentatives plus risquées que celles de Parker ont souvent échoué. Il n'a pas non plus la qualité de positionnement d'un Lucas Leiva pour proposer des solutions à ses partenaires, il reste souvent statique quand un adversaire bloque un angle de passe vers lui. Le jeu de Liverpool consiste à "passer puis courir" alors que c'est la course qui doit provoquer la passe.
Spearing pourra s'inspirer de Luka Modric sur ce point, le Croate a encore réalisé une prestation exceptionnelle dans le jeu de passes.
Mouvement
Au fur et à mesure que le match avance, Gerrard dézone de plus en plus souvent, amenant Parker hors de sa position de base. Parker a fait une excellent fin de match, mais a auparavant commis des fautes inutiles et était souvent trop loin de sa défense : Liverpool aurait pu exploiter ceci intelligemment en plaçant un joueur entre les lignes une fois Parker attiré par Gerrard, mais aucun des joueurs latéraux n'est venu vers l'intérieur et Adam manque de mobilité et de vitesse pour jaillir en en attaque.
C'est donc le milieu de Tottenham qui prend un certain ascendant vers la fin de la 1ère mi-temps, réussissant plusieurs bonnes phases de conservation. Leur jeu estplus patient que d'habitude, probablement en raison de ce système inhabituel.
Le seul duel intéressant sur les ailes oppose Kyle Walker à Bellamy : Walker force Bellamy a défendre très bas, mais ce dernier fait bien ce travail (face à Walker comme face aux autres) et Johnson fait par ailleurs un bon match derrière lui.
Carroll vs Adebayor
Après deux passes décisives en deux semaines, Andy Carroll a paru en confiance. Il gagne des duels aériens, se déplace bien, et sa protection de balle fait du bien à son équipe. Il a fait un bien meilleur match que son alter ego chez les Spurs, dont on attribuera la mauvaise performance à son isolement, avec peu de soutien des milieux axiaux. Il n'a pas réussi à conserver des ballons devant, n'a pas réussi d'appels déséquilibrant, et n'a au final jamais été en position de marquer.
Il y a peu d'occasions de but en première mi-temps, mais le match est tout de même de qualité : équilibré, propre techniquement... seule manque le danger offensif. La question à la pause est de savoir comment les entraineurs peuvent changer ce constat.
Changements
Le problème est qu'aucun manager (ou assistant, dans le cas de Tottenham) ne fait de changement, à l'exception d'une permutation temporaire entre Kranjcar et Bale. Dalglish a été trop longtemps inactif, et à moins que Suarez ait un problème physique après sa longue suspension, il est difficile d'expliquer pourquoi il n'a pas remplacé Kuyt plus tôt. Le Néerlandais n'a pas eu un grand apport : il n'a pas fait de course axiale vers la position d'où il a marqué contre Manchester United, et a préféré rester au large sans pour autant tenter de provoquer Assou-Ekotto.
Quand Suarez entre finalement à sa place, Gerrard a pris le côté droit et l'Uruguayen est allé en pointe. Parker n'a alors plus de marquage et reprend le rôle de sentinelle dans lequel il excelle, entre tacles décisifs et interceptions bien senties. Il aurait pu être bon de voir Suarez dans le rôle de Kuyt avec un Gerrard toujours Axial. Gerrad aurait alors pu faire dézoner Parker et Suarez aurait pu être le "deuxième, un peu comme Mesut Ozil au Nou Camp il y a peu quand Kaka monopolisait l'attention de Sergio Busquets. Ce n'est pas le rôle naturel de Suarez, bien sûr, mais c'était vraiment la zone où Tottenham était vulnérable, et il a suffisamment de capacités d'adaptation pour en tirer profit.
Côté Spurs, on ne change pas grand chose – Louis Saha entre à la place Adebayor. Les Londoniens ont pourtant la meilleure occasion du match quand Kranjcar lance Bale par dessus une défense de Liverpool placée trop haut, mais ce dernier perd son duel, et le 0-0 est finalement un bon reflet de l'équilibre de ce match.
Conclusion
Avec deux milieux qui s'annihilent, la clé pour gagner ce match ne pouvait venir que des bancs. Tottenham n'a pourtant presque rien changé, et Liverpool a fait entrer Suarez, mais sans doute trop tard et pas dans le meilleur rôle possible. On notera le bon match de Carroll dans le jeu, pas dans la finition, et le peu d'implication d'Adebayor puis de Saha. Aucune équipe n'a fait le nécessaire pour marquer.