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24 août 2011

Garrido utilise Soriano en défense pour permettre à Villareal de passer

Villareal s'est qualifié pour la Ligue des Champions la nuit dernière en battant Odense 3-0, ce qui donne un résultat de 3-1 sur l'ensemble des deux matchs.

Les compositions d'avant-match suggèrent que Villareal s'alignerait en 3-4-3, avec Juan Oriol, Mateo Musacchio, et la nouvelle recrue Cristian Zapata dans une défense à 3. Cela semblait peu probable, étant donné que Oriol est un latéral gauche offensif, mais il restait assez difficile de prévoir comment Juan Carlos Garrido allait jouer.

Finalement, cela s'avère assez proche de leur 4-2-2-2 habituel, avec quelques variations interessantes. Bruno Soriano, consideré comme un milieu axial, est installé en défense centrale, malgré la présence de deux spécialistes du poste sur le banc avec Gonzalo Rodriguez et Carlos Marchena. Avec l'impression croissante que les milieux axiaux sont capables de jouer dans la charnière sans problèmes (cf Busquets et Mascherano au Barça la saison dernière), c'est une nouvelle preuve que les entraineurs pourraient être en train d'initier un changement à ce poste.

Indéniablement, Villareal joue le même type de football que Barcelone, et a dominé la possession pendant les 90 minutes, à tel point que la position moyenne de Soriano sur le terrain est probablement peu différente de celle qu'il aurait eu sur un match normal de Liga, c'est à dire près de la ligne médiane. Il n'a joué qu'une seule fois défenseur central par le passé, au cours du match retour de Ligue Europa l'an passé contre Porto. Ce jour là Villareal avait aussi besoin de montrer un visage offensif, ayant perdu 5-1 à l'aller.

La seconde étrangeté dans cette équipe est l'utilisation de Cristian Zapata comme arrière droit. Il a joué dans cette position pour l'Udinese début 2009, mais reste un défenseur central sorti ici de sa position.

Cela se traduit par une forme étrange, déséquilibrée, en position d'attaque. Zapata prend alors le role d'un défenseur central "extérieur" dans une défense à 3, Soriano prenant l'autre flanc. Oriol se retrouve alors latéral offensif (wing-back), écartant le jeu en apportant une solution sur le côté gauche.

Villareal n'a joué cependant que sur deux tiers de la largeur, Zapata montant rarement et limitant donc leur présence sur la droite. Avec Cani et Javier Camuñas jouant comme des intérieurs et se déplaçant vers l'axe, Villareal s'est fréquemment retrouvé avec 5 joueurs en position centrales, Oriol sur la gauche, et personne à droite.


Odense était conscient de ce manque de largeur, et a donc défendu sur une zone très restreinte, forçant Villareal à jouer dans de petits espaces au centre du terrain. De fait de la lenteur des mouvements, Villareal doit se contenter d'un 0-0 à la mi-temps.

Garrido n'a modifié ni les hommes ni les positions à la mi-temps, mais a quand même changé des choses. Premièrement, il a demandé à son équipe de jouer plus vite quand Odense se retrouvait haut sur le terrain, pour profiter des espaces dans leur dos. Ensuite, et c'est le point le plus important, il a demandé à Nilmar et Cani/Camuñas de travailler sur le côté droit, et cette nouvelle menace a pris Odense par surprise. Des balles dans la course ont été jouées dans le couloir, suivies de centres rapides.

Trois résultats évidents de cette focalisation soudaine sur le côté droit. Le premier but vient d'une course de Nilmar dans le couloir, suivie d'un centre repris victorieusement par Rossi. Le second part de Cani, qui sans déborder réalise un superbe centre pour ce même Rossi. Enfin, le milieu gauche d'Odense, Bashkim Kadri, a du effectuer un travail défensif, et a été expulsé pour deux fautes nettes.

Villareal a probablement rendu la victoire plus compliquée qu'elle aurait du l'être, mais c'est une formation de départ intéressante qu'a proposé Garrido, avec changement de stratégie pertinent à la mi-temps.


20 août 2011

Arsenal 0-2 Liverpool : Le carton rouge de Frimpong et les remplacements de Liverpool changent le match

Un c.s.c d'Aaron Ramsey doublé d'un but de Luis Suarez donnent à Liverpool sa première victoire de la saison.

Arsène Wenger est obligé d'aligner Samir Narsi malgré son transfert imminent. Alex Song suspendu est remplacé par Emmanuel Frimpong, et diverses blessures en défense mènent à la titularisation de Carl Jenkinson au poste d'arrière-droit, Bacary Sagna passant à gauche.

Kenny Dalglish laisse Suarez sur le banc pour des raisons de fatigue, Dirk Kuyt commençant donc sur la droite. Derrière lui, Martin Kelly est preferé à John Flanagan.

Globalement, ce match a manqué de qualité technique : les meilleures occasions sont venues d'erreurs et de frappes lointaines plutôt que de mouvements bien pensés, et c'est uniquement après le carton rouge que le jeu s'est ouvert et que Liverpool a pu forcer la décision. Sans cela, on semblait partis pour un 0-0.


Rapide Impasse

Dalglish a la possibilité de jouer soit en 4-4-2 soit en 4-3-3, en fonction des positions de Henderson et Kuyt. Il a finalement choisi la 2ème option pour éviter d'être dépassé au milieu du terrain, ce qui signifie au final qu'on a vu une assez usuelle bataille 4-2-3-1 vs 4-3-3, le milieu ayant eu le plus souvent la balle étant Frimpong. Il a été le meilleur joueur d'Arsenal, et pourtant probablement la raison première de leur défaite, expulsé à la 70ème minute pour un tacle imprudent sur Lucas, alors qu'il avait déjà reçu un carton jaune inutile dés la 7ème.

Le danger d'un milieu recevant un avertissement précoce est bien connu (cela fut même un thème de la dernière copa america), et en plus de l'expulsion qui a suivi, cela a entravé le jeu d'Arsenal car il a passé la plupart du match à éviter de se risquer à tacler, laissant à Liverpool des possibilités de percées dans l'axe. Cependant, il a été bon dans la conservation. Avec Henderson suivant en général Ramsey et Charlie Adam restant en retrait près de Lucas, Frimpong avait beaucoup d'espace au milieu. Et de façon similaire au milieu de Santos Arouca en finale de la Copa Libertadores, il a utilisé sa liberté en partant de très bas pour débouler vers l'avant et lancer ainsi des attaques, plutôt que de distribuer le jeu par des passes. Ces dernières, bien que parfois imprécises, étaient en général vers l'avant, et il est passé près d'un but sur un tir de loin, à la sortie d'une course toute en puissance.


Liverpool au pressing

Frimpong fut particulièrement utile à Arsenal, car leur jeu de passe en défense était, comme face à Newcastle, extrêmement lent. Les blessures n'ont pas aidé : Sagna est peu à l'aise offensivement sur la gauche, et on peut en dire autant de Vermaelen quand il a fallu qu'il prenne l'axe droit après la sortie de Koscielny. Vermaelen et Sagna pas à leur poste, ajouté à cela Miquel et Jenkinson faisant leur première apparition en championnat et naturellement nerveux, cela a fortement handicapé la relance. De même, il faut aussi noter le pressing de Liverpool. Kuyt, Henderson et Downing ont tous fortement travaillé au pressing, alors que Adam a fait un bon match sans le ballon, bien qu'il soit moins mobile, réussissant 5 tacles et 3 interceptions. Liverpool a bénéficié d'une bonne possession et a bien joué vers l'avant, particulièrement en utilisant les latéraux, mais il ne leur semblait pas possible de réussir à amener un but, sinon par la taille de Carroll. La charnière d'Arsenal doit être saluée pour leur résistance face à lui, et bien que l'association Downing-Carroll doive être excellente en théorie, le premier n'a toujours pas trouvé le second sur un centre dans le jeu depuis le début du championnat. Le seul centre réussi de Downing a été au sol, depuis la droite, mal contrôlé par Kuyt.

On peut dire que Jose Enrique était le meilleur joueur sur le terrain, et Theo Walcott n'a pas trouvé de moyen de l'effacer : Enrique peut rivaliser avec lui en vitesse et il a aussi un bon positionnement, Walcott n'a pas eu d'impact sur le match. Walcott et Arshavin doivent aussi venir vers l'axe en position de buteur quand la balle se trouve du côté opposé. Walcott dit qu'il veut jouer un rôle plus axial, mais sur une action à la 28ème minute, il est resté planté sur son côté droit alors qu'une course vers l'axe aurait pu le mettre en position de pousser la balle dans le but.

La 70ème minute

Le match est resté dans ce statu quo jusqu'à la 70ème minute, où deux évènements ce sont produits. D'abord, l'expulsion de Frimpong. Ensuite, les rentrées de Raul Meireles et Suarez pour Kuyt et Carroll. Etant donné qu'ils se sont produits en même temps, il est impossible de dire lequel a eu le plus grand impact sur le match, bien qu'ils soit acceptable de penser qu'ils ont tous été déterminants.

Le joueur supplémentaire a permis à Liverpool d'avoir la possession de la balle. Jusqu'à la 70ème minute, Arsenal a réussi 322 passes, contre 281 pour Liverpool, ensuite, Arsenal 105 passes et Liverpool 142. La dynamique passait clairement du côté des visiteurs.

Cela a donné à Liverpool la base nécessaire pour construire des mouvements plus amples, mais les occasions elles-mêmes ont été créées par les deux entrants, Meireles et Suarez. Avec le passage d'Arsenal en 4-4-1, le premier cité a trouvé de l'espace entre les lignes pour donner des passes intelligentes, et Suarez a apporté de la fraicheur et des déplacements meilleurs que ceux de Carroll. Les passes de Meireles vers Suarez ont amené les deux buts : le premier chanceux, via la poitrine de Ramsey, le second très bien amené. Suarez a trouvé énormément d'espace et de temps pour réussir des passes dans les 30 derniers mètres.



Epuisé, et malgré l'entrée de Bendtner, Arsenal était battu.

Conclusion

Un match assez pauvre avant les 20 dernières minutes - l'indiscipline a coûté cher à Arsenal, mais les tactiques de Dalglish était justes. Il a fait jeu égal avec Arsenal à 11 contre 11, puis a fait entrer les joueurs permettant d'exploiter les trous dans la défense après le carton rouge.

Arsenal a été très loin de ressembler à une équipe compétitive. Manque d'expérience derrière et de créativité devant, le choix des joueurs pour le match face à Manchester United semble encore plus complexe avec la suspension de Frimpong, la blessure de Koscielny, et le transfert possible de Nasri.

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19 août 2011

Mourinho fait monter Carvaho pour tenter de contrer Messi dans son rôle de faux avant-centre.

L'une des principales particularités de ce match retour de Supercoupe d'Espagne est le positionnement de Ricardo Carvalho, et sa réponse aux déplacements de ce derniers vers des zones assez basses, légèrement excentrées côté droit.

Messi a déchiré le Real lors de la victoire 5-0 de la saison dernière, bien que ce fut un des rares matchs où il n'apparait pas sur la liste des buteurs. Le Real avait essayé de jouer haut, mais Messi revenait si bas sur le terrain que Mourinho ne savait que faire à son sujet : la défense centrale est restée en position, mais en maintenant une ligne assez haute. Cela permettait donc à Messi de recevoir des ballons, de se retourner, et de transmettre des ballons aux ailiers aux courses rentrantes. Ses deux passes décisives pour David Villa étaient parfaites, illustrant parfaitement pourquoi Guardiola l'utilise dans ce rôle.

En plus d'être un grand buteur et un superbe dribbleur, Messi est aussi génial pour ce qui est de glisser des passes à travers la défense, particulièrement entre le latéral et le défenseur central, et bloquer ces passes devient essentiel quand il évolue en faux avant-centre.

La réponse évidente est de faire sortir un défenseur central sur Messi - comme l'avait suggéré Jonathan Wilson avant la finale de la ligue des champions, pour laisser une assise de 3 joueurs à l'arrière - 2 latéraux assez bas au marquage de Villa et Pedro, un central jouant un rôle de libéro, et un central traquant Messi haut sur le terrain.

Pourquoi est-ce que ce point revient aujourd'hui, alors que le Real a rencontré 4 fois Barcelone depuis le 5-0? D'abord parce qu'au cours de ces 4 matchs, le Real a joué très bas, ne laissant pas d'espaces derrière la défense et attendant les Barcelonais. Cela a rendu le rôle de Messi moins dangereux (bien que le joueur lui-même reste assez fort pour constituer une menace dans n'importe quelle situation) pour diverses raisons:
-Le Real pouvait se concentrer sur le rapprochement de ses lignes et le priver ainsi d'espace.
-La défense jouant bas, il n'y avait pas suffisamment d'espace entre celle-ci et le but pour effectuer ces passes vers les ailiers.
-Il semblerait que jouer bas rendrait naturellement moins utile le rôle d'un faux n°9, ses décrochages ne lui ouvrent pas autant de terrain devant lui, de perspectives, que face à une défense haute.

La décision de Mourinho d'aller cette fois au pressing oblige le Real à jouer haut et compact, remettant au goût du jour la nécessité de traquer Messi. Ricardo Carvalho a passé la plupart de la 1ere mi-temps plus haut que les autres défenseurs, collant à Messi avant de sprinter pour se replacer dans la ligne.

Le premier but montre que cela n'a pas fonctionné. Carvalho sorti de sa défense fut effacé par Messi, qui pu alors alerter Iniesta dans l'espace devenu du coup béant entre Sergio Ramos et un Pépé obligé de couvrir tout l'axe.

Pépé, qui s'était mué en un milieu destructeur agressif lors des Clasicos de l'an dernier, aurait pu être le meilleur choix pour ce rôle. Carvalho se faisait effacer trop facilement, sans doute parce que sa qualité première (la défense dans la surface de réparation) n'était plus utile ici. Si cette configuration (un libéro et un stoppeur qui suit le joueur dans ses décrochages) devient une norme face à un faux numéro 9, les deux défenseurs devront être rapides. En effet le "stoppeur" doit pouvoir rapidement se retourner et rejoindre son poste dans la défense, et le "libéro" ne peut se permettre d'être lent, étant l'ultime couverture d'une défense jouant haut sur le terrain.

Cela peut être une évolution potentielle du rôle de défenseur central. On notera que Messi avait évolué en "faux-neuf" lors de la démonstration face à Arsenal en 2009-2010 (à l'époque il n'y était pas encore habitué, Barcelone ayant passé la majorité de la saison avec Messi à droite et Ibrahimovic en pointe). Quand Arsène Wenger a dû ce jour-là sortir un de ses défenseurs centraux (Mikaël Sylvestre, latéral de formation), il a choisi le latéral Emmanuel Eboué plutôt que le défenseur central remplaçant, Sol Campbell. Sa défense était alors Clichy - Sagna - Vermaelen - Eboué.

Sagna est tout sauf un défenseur central, mais on comprend la logique de la chose, même si Messi avait ajouté un nouveau but. Arsenal était obligé de jouer haut pour revenir dans le match, et avec Vermaelen sortant comme souvent très haut  en suivant Messi, le vétéran Campbell aurait été catastrophique en défenseur de couverture. En théorie, avec un latéral rapide en couverture de Vermaelen, Arsenal était mieux armé face à Messi, même si on néglige l'importance d'avoir un défenseur central "naturel" pour occuper le poste.

C'est un exemple extrême : Campbell, avec tout le respect qu'on lui doit, n'avait probablement plus le niveau pour jouer un match de ligue des champions. Mais cela illustre un situation où les défenseurs centraux lents et rugueux sont en difficulté - quoique cela concerne des conditions très précises : (a) quand la défense est forcée de jouer haut, et (b) face à une équipe utilisant un faux avant-centre.

Pour revenir au sujet, il est difficile de comprendre la présence de Carvalho dans l'équipe alignée. Sergio Ramos étant à l'aise dans l'axe, sa vitesse y aurait été bien plus utile, Arbeloa pouvant le remplacer sur la droite.

Les deux équipes ne se retrouveront pas avant le 11 décembre, à Bernabeu, mais il sera intéressant de voir comment Mourinho s'adaptera.

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11 août 2011

Bielsa prêt à réussir avec Bilbao

Cela fait 13ans que Marcelo Bielsa n'a plus entrainé en club. 6 saisons à la tête de l'Argentine et 4 en charge du Chili ont fait de lui un entraineur apprecié dans le monde entier. Mais avec les restrictions évidentes qu'imposent des sélections nationales sur la possibilité pour un entraineur de modeler l'équipe qu'il souhaite, une question a toujours perduré :  que ferait Bielsa à la tête d'un club?

Sa dernière expérience, avec l'Espanyol de Barcelone, fut relativement ratée. Elle n'a duré que 6 matchs avant qu'il ne parte pour la sélection Argentine, laissant le club à la 18ème place. Les joueurs peinaient à s'adapter à ses méthodes, et lui-même devait lutter pour se faire aux exigences du football européen. Cependant, en Argentine, il avait auparavant eu de trés bons résultats avec Newell's Old Boys, le club de sa ville natale (NdT : Rosario), et Velez Sarsfield.

Son arrivée en Espagne pour entrainer l'Athletic Bilbao est un des évènements les plus excitants de l'été. Il fut à un moment préssenti pour devenir l'entraineur de l'Inter, mais il avait promis à José Urrutia, candidat à l'élection pour la présidence du club basque, qu'il rejoindrait le club si ce dernier était élu. Urrutia a remporté l'élection et Bielsa, fidèle à sa parole, est venu.

A première vue, Bilbao semble un meilleur point d'entrée que Milan pour lui, pour des raisons d'importances variables. Cela va du détail assez basique (un entraineur hispanophone pourra plus facilement communiquer à son arrivée en Espagne plutôt qu'en Italie) à la composition même de l'équipe. Bilbao est une jeune équipe pleine d'énergie, qui jouait l'an dernier sur un tempo élevé un football vibrant, à la Bielsa, sous les ordres de Joaquin Caparros. L'Inter en revance a une équipe plutôt âgée, habituée à jouer un football assez lent et à défendre bas.

Mais il n'y a pas que ça... car Bilbao n'est pas un club ordinaire. Leur politique consistant à n'utiliser que des joueurs basques leur donne une identité bien définie que peu d'autres clubs peuvent atteindre. Leur volonté de lancer de nouveaux joueurs a d'ores et déjà été assimilée par Bielsa, qui n'a pas demandé de recrues particulières. Entraineur extrêmement minutieux, il devrait en théorie réussir dans un environnement qui favorise la cohésion du groupe, et par ailleurs dans un club qui ne considère pas la victoire comme sa seule et unique fin.

En considèrant l'histoire de l'Athletic, on peut même voir des convergences encore plus fortes. Il y a 100ans, Rafael Moreno Aranzadi, dit "Pichichi", faisait ses débuts avec le club. Comme Phill Ball le raconte dans "Morbo" :

"Pichichi a lancé une tradition d'avant-centres prolifiques qui allaient profiter de la fidelité du club a la "manera inglesa" (le style anglais), apporté par une succession d'entraineurs anglais et resumé par la formule quelque peu péjorative : "le vieux 1,2,3". 3 comme le nombres de touches de balles pour aller du gardien à l'attaquant, qui allait bien sûr immanquablement propulser le cuir dans les filets."

Une tactique précise ne survit pas durant un siècle - heureusement - mais le style global le peut. Même aujourd'hui, l'Athletic est consideré comme une équipe jouant un jeu direct, surtout en comparaison du tiki-taka pratiqué par l'équipe nationale ces dernières années. Cette réputation survit au point que lorsque l'Espagne décide de passer à un jeu plus direct, elle fait rentrer en jeu l'avant-centre de Bilbao, Fernando Llorente. Bielsa, un homme connu pour le jeu direct et rapide qu'il exige de ses joueurs, est clairement dans le bon club.

Formation et positionnement.

Alors, que va faire exactement Bielsa à Bilbao? Commençons avec la formation. Bielsa est célèbre pour l'original 3-3-1-3 qu'il a utilisé avec l'Argentine et le Chili, mais il y a des risques que l'on développera à l'utilisation de ce système en Espagne, et pour cette raison il ne l'utilisera probablement pas au début. Avec le Chili, il souhaitait toujours avoir un homme libre en défense. Une défense à 3 face à 2 attaquants, ou une défense à 4 face à un attaquant seul (les 2 latéraux jouant haut, dans les faits cela revient à défendre à 2 contre 1). Cela signifie osciller entre le 3-3-1-3 et un 4-2-1-3 selon l'adversaire - variation qu'il utilisa en plein match face au Honduras en coupe du monde, pour répondre à un changement de formation adverse.

En Amérique du Sud, les formations à deux attaquants sont encore largement répandues, ce qui explique sa préférence pour le 3-3-1-3. Mais l'Espagne est massivement dominée par le 4-2-3-1, rendant donc la situation plus complexe.

Tout ceci pourrait être remis en cause de toute façon, puisqu'en amical Bielsa a favorisé un système que la presse espagnole décrit comme un 4-1-4-1, bien qu'il contienne de nombreuses caractéristiques du 4-2-3-1. ZM a assisté à un match amical de l'Athletic face à Tottenham, et l'équipe a été alignée dans le système présenté ci-contre.

Les deux rôles les plus interessants dans cette composition sont ceux des deux défenseurs côté gauche, Javi Martinez et Oscar De Marcos. Aucun des deux n'est défenseur de formation. Martinez est plutôt un milieu défensif, international à ce poste, et De Marcos est un jeune ailier qui porte le numéro 10.


Bielsa a fréquemment utilisé des milieux dans sa ligne de défense avec le Chili, considérant qu'ils étaient plus mobiles que certains de ces défenseurs centraux, et meilleurs relanceurs. Le replacement de Martinez n'est peut-être pas surprenant, car Bielsa a toujours voulu avoir un milieu défensif qui attaque très peu, un pur stoppeur, comme Gary Medel. Martinez est plutôt un joueur technique, et en conséquence, bien qu'il apparaisse étrange de replacer un joueur en défense parce que ses qualités sont plus dans le jeu avec ballon que dans la capacité à le récupérer, ce n'est pas tellement surprenant de la part de Bielsa. Mesurant 1m90, il peut être présent dans les duels aériens, bien que dans ce match il ait été dominé dans ce domaine par Roman Pavlyuchenko.


L'utilisation de De Marcos en latéral droit est plus étonnante. Il a fait une bonne prestation, semblant avoir une bonne entente avec l'ailier gauche, Igor Gabilondo. Comme les ailiers de beaucoup d'équipes de Bielsa, Gabilondo a étiré le jeu en restant le long de la ligne. En résultat les courses de De Marcos ont été diagonales, vers le but plutôt que le long ligne de touche, l'espace se trouvant à l'intérieur de Gabilondo. C'est plus confortable pour De Marcos qui est droitieret qui aurait donc naturellement tendance à venir vers l'intérieur.

Sur l'autre flanc, Iker Muniain a été le joueur le plus brillant. Le plus souvent collé à la ligne, mais permutant parfois avec Ander Herrera, le meneur de jeu. C'est également un classique de Bielsa : il ne veut pas que la conduite du jeu soit le fardeau d'un seul joueur, ce qui peut devenir un problème dans sa formation preferée en 3-3-1-3/4-2-1-3. En venant dans l'axe, Muniain devient une seconde source de créativité. Andoni Iraola venait en général prendre le côté, bien que restant plus prudent que De Marcos.

Herrera a été le joueur ayant les courses les moins prévisibles. En plus de bouger dans la latéralité, il a aussi fait des courses vers l'avant jusqu'à dépasser Llorente. Il a d'ailleurs eu une bonne occasion dés la première minute sur une ouverture lobée, Llorente ayant fait dézoner la défense. Herrera a trouvé de l'espace partout où il a pu, revenant parfois plus bas qu'Ander Iturraspe pour amener de la surprise dans le jeu de son équipe au milieu.

A la mi-temps, Tottenham est passé en 4-4-2, Pavlyuchenko ayant d'abord joué seul devant. Cela entraine Bielsa à passer à 3 défenseurs, en fait il s'agit du fameux 3-3-1-3. Gurpegi a pris le poste de défenseur central droit, et des remplacements ont été effectués sur les ailes, le reste restant en gros identique.

Bilbao a semblé bien moins à l'aise dans ce système. Le principal problème a semblé venir des "latéraux" (milieux excentrés) qui ont joué trop bas, pressés par Aaron Lennon et Gareth Bale. L'Athletic se retrouvait alors trop souvent dans une forme de type 5-2-3, perdant le contrôle du milieu et subissant complètement la domination anglaise. Cela confirme l'idée qu'un 3-3-1-3 ne fonctionnerait pas en Espagne, un pays où sévissent beaucoup d'ailiers de qualité. En comparaison, comme on l'a vu pendant la Copa America, l'Amérique du Sud n'est pas riche en joueurs d'ailes de très haut niveau, à l'échelle international en tout cas, donc la problématique soumise à Bielsa est changée.

Avec le ballon

L'Athletic a été plus patient avec la balle que ce qu'on aurait pu imaginer en regardant le Chili : ils ont volontiers gardé la balle au milieu en 1ère mi-temps, et n'ont pas hesité à revenir sur les défenseurs centraux pour lancer des mouvements de derrière. Ils se sont plus appliqués à changer le rythme de leur attaque plutôt qu'à jouer "direct". Ils mènent la balle dans des zones où des 2 contre 1 peuvent apparaître, puis ensuite se lancent vers le but. Créer des surnombres dans certaines zones spécifiques a toujours été une priorité pour Bielsa, même pendant l'échauffement, un exercice de 5 minutes a consisté en un passe-et-va a grande vitesse.

L'accent a été mis sur les remontées de balles depuis la défense. Les deux centraux restent très bas pour recevoir la balle, et les deux latéraux étirent au maximum. Ces derniers donnent l'impression d'attaquer constamment, mais en réalité ils sont simplement intelligents dans le timing de leurs courses, ne montant que si il y a un espace à exploiter (que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'ailier).

L'intérêt porté à la possession du ballon signifie qu'un milieu à 3 est peut-être nécéssaire. En première mi-temps étaient alignés un récupérateur (Gurpegi), un courreur (Iturraspe) et un créatif (Herrera), et les choses se sont bien passées. Quand le courreur a été retiré en 2nde période (ou pour être plus précis, quand le courreur est devenu le récupérateur) l'Athletic a perdu son liant. Herrera a du descendre très bas pour avoir la balle, Llorente en a été privé et ne pouvait plus avoir d'impact. La sortie de Muniain, victime d'un coup en 1ère mi-temps, leur a aussi fait perdre leur meilleure solution sur le flanc.

Sans le ballon

Le presing a été, évidemment, une priorité, bien qu'il n'ait pas été aussi effrené que dans la version chilienne. L'Athletic laissait volontiers le joueur le plus bas de Tottenham (souvent Dawson) garder la balle, Llorente se contentant de couper les angles de passes, comme les milieux derrière lui. Tottenham a largement abandonné la possesion en 1ère mi-temps, principalement à cause du pressing au milieu.

L'effondrement en 2ème mi-temps peut être lié à un manque de forme des joueurs de l'Athletic, pas capables de maintenir la pression.

Comme mentionné précédemment, Bilbao était très vulnérable aux attaques rapides sur les ailes. Les deux buts concedés viennent de passes décisives de Bale et Lennon, et ce dernier a aussi obtenu un penalty manqué par Niko Kranjcar. Ce problème évident en 2nde mi-temps existait déjà en 1ère, et si cela se reproduit à l'avenit, Bielsa va devoir faire descendre d'un cran son "courreur" pour mieux protéger les latéraux, revenant alors à son 4-2-1-3.

Conclusion

Malgré la défaite finale, ce fut une prestation encourageante pour l'Athletic. Ils ont contrôlé la balle en 1ère période et réalisé un bon pressing. Il y a trop de variables en jeu pour déterminer avec certitude pourquoi ils se sont effondrés par la suite. Bielsa a changé de formation, mais Tottenham aussi, introduisant ses meilleurs joueurs (Modric et Bale). Sur cette base, cependant, le premier système est préférable pour l'Athletic : il donne plus d'options au milieu et l'équipe était moins "compartimentée". Le 3-3-1-3 demanderait un gros travail sur le positionnement des joueurs.

Reste que son travail a Bilbao est très interessant. Il est souvent vu comme un entraineur qui reste fidèle à ses idées même quand elles ne sont plus pertinentes, il va devoir maintenant montrer qu'il est capable de s'adapter pour intégrer les qualités et les spécificités qui ont permis à Bilbao de terminer 6ème de la Liga l'an dernier. Cela pourrait signifier une défense à 4 et une construction plus patiente. Quoi qu'il en soit, ce sera une saison fascinante pour Bilbao.