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11 août 2011

Bielsa prêt à réussir avec Bilbao

Cela fait 13ans que Marcelo Bielsa n'a plus entrainé en club. 6 saisons à la tête de l'Argentine et 4 en charge du Chili ont fait de lui un entraineur apprecié dans le monde entier. Mais avec les restrictions évidentes qu'imposent des sélections nationales sur la possibilité pour un entraineur de modeler l'équipe qu'il souhaite, une question a toujours perduré :  que ferait Bielsa à la tête d'un club?

Sa dernière expérience, avec l'Espanyol de Barcelone, fut relativement ratée. Elle n'a duré que 6 matchs avant qu'il ne parte pour la sélection Argentine, laissant le club à la 18ème place. Les joueurs peinaient à s'adapter à ses méthodes, et lui-même devait lutter pour se faire aux exigences du football européen. Cependant, en Argentine, il avait auparavant eu de trés bons résultats avec Newell's Old Boys, le club de sa ville natale (NdT : Rosario), et Velez Sarsfield.

Son arrivée en Espagne pour entrainer l'Athletic Bilbao est un des évènements les plus excitants de l'été. Il fut à un moment préssenti pour devenir l'entraineur de l'Inter, mais il avait promis à José Urrutia, candidat à l'élection pour la présidence du club basque, qu'il rejoindrait le club si ce dernier était élu. Urrutia a remporté l'élection et Bielsa, fidèle à sa parole, est venu.

A première vue, Bilbao semble un meilleur point d'entrée que Milan pour lui, pour des raisons d'importances variables. Cela va du détail assez basique (un entraineur hispanophone pourra plus facilement communiquer à son arrivée en Espagne plutôt qu'en Italie) à la composition même de l'équipe. Bilbao est une jeune équipe pleine d'énergie, qui jouait l'an dernier sur un tempo élevé un football vibrant, à la Bielsa, sous les ordres de Joaquin Caparros. L'Inter en revance a une équipe plutôt âgée, habituée à jouer un football assez lent et à défendre bas.

Mais il n'y a pas que ça... car Bilbao n'est pas un club ordinaire. Leur politique consistant à n'utiliser que des joueurs basques leur donne une identité bien définie que peu d'autres clubs peuvent atteindre. Leur volonté de lancer de nouveaux joueurs a d'ores et déjà été assimilée par Bielsa, qui n'a pas demandé de recrues particulières. Entraineur extrêmement minutieux, il devrait en théorie réussir dans un environnement qui favorise la cohésion du groupe, et par ailleurs dans un club qui ne considère pas la victoire comme sa seule et unique fin.

En considèrant l'histoire de l'Athletic, on peut même voir des convergences encore plus fortes. Il y a 100ans, Rafael Moreno Aranzadi, dit "Pichichi", faisait ses débuts avec le club. Comme Phill Ball le raconte dans "Morbo" :

"Pichichi a lancé une tradition d'avant-centres prolifiques qui allaient profiter de la fidelité du club a la "manera inglesa" (le style anglais), apporté par une succession d'entraineurs anglais et resumé par la formule quelque peu péjorative : "le vieux 1,2,3". 3 comme le nombres de touches de balles pour aller du gardien à l'attaquant, qui allait bien sûr immanquablement propulser le cuir dans les filets."

Une tactique précise ne survit pas durant un siècle - heureusement - mais le style global le peut. Même aujourd'hui, l'Athletic est consideré comme une équipe jouant un jeu direct, surtout en comparaison du tiki-taka pratiqué par l'équipe nationale ces dernières années. Cette réputation survit au point que lorsque l'Espagne décide de passer à un jeu plus direct, elle fait rentrer en jeu l'avant-centre de Bilbao, Fernando Llorente. Bielsa, un homme connu pour le jeu direct et rapide qu'il exige de ses joueurs, est clairement dans le bon club.

Formation et positionnement.

Alors, que va faire exactement Bielsa à Bilbao? Commençons avec la formation. Bielsa est célèbre pour l'original 3-3-1-3 qu'il a utilisé avec l'Argentine et le Chili, mais il y a des risques que l'on développera à l'utilisation de ce système en Espagne, et pour cette raison il ne l'utilisera probablement pas au début. Avec le Chili, il souhaitait toujours avoir un homme libre en défense. Une défense à 3 face à 2 attaquants, ou une défense à 4 face à un attaquant seul (les 2 latéraux jouant haut, dans les faits cela revient à défendre à 2 contre 1). Cela signifie osciller entre le 3-3-1-3 et un 4-2-1-3 selon l'adversaire - variation qu'il utilisa en plein match face au Honduras en coupe du monde, pour répondre à un changement de formation adverse.

En Amérique du Sud, les formations à deux attaquants sont encore largement répandues, ce qui explique sa préférence pour le 3-3-1-3. Mais l'Espagne est massivement dominée par le 4-2-3-1, rendant donc la situation plus complexe.

Tout ceci pourrait être remis en cause de toute façon, puisqu'en amical Bielsa a favorisé un système que la presse espagnole décrit comme un 4-1-4-1, bien qu'il contienne de nombreuses caractéristiques du 4-2-3-1. ZM a assisté à un match amical de l'Athletic face à Tottenham, et l'équipe a été alignée dans le système présenté ci-contre.

Les deux rôles les plus interessants dans cette composition sont ceux des deux défenseurs côté gauche, Javi Martinez et Oscar De Marcos. Aucun des deux n'est défenseur de formation. Martinez est plutôt un milieu défensif, international à ce poste, et De Marcos est un jeune ailier qui porte le numéro 10.


Bielsa a fréquemment utilisé des milieux dans sa ligne de défense avec le Chili, considérant qu'ils étaient plus mobiles que certains de ces défenseurs centraux, et meilleurs relanceurs. Le replacement de Martinez n'est peut-être pas surprenant, car Bielsa a toujours voulu avoir un milieu défensif qui attaque très peu, un pur stoppeur, comme Gary Medel. Martinez est plutôt un joueur technique, et en conséquence, bien qu'il apparaisse étrange de replacer un joueur en défense parce que ses qualités sont plus dans le jeu avec ballon que dans la capacité à le récupérer, ce n'est pas tellement surprenant de la part de Bielsa. Mesurant 1m90, il peut être présent dans les duels aériens, bien que dans ce match il ait été dominé dans ce domaine par Roman Pavlyuchenko.


L'utilisation de De Marcos en latéral droit est plus étonnante. Il a fait une bonne prestation, semblant avoir une bonne entente avec l'ailier gauche, Igor Gabilondo. Comme les ailiers de beaucoup d'équipes de Bielsa, Gabilondo a étiré le jeu en restant le long de la ligne. En résultat les courses de De Marcos ont été diagonales, vers le but plutôt que le long ligne de touche, l'espace se trouvant à l'intérieur de Gabilondo. C'est plus confortable pour De Marcos qui est droitieret qui aurait donc naturellement tendance à venir vers l'intérieur.

Sur l'autre flanc, Iker Muniain a été le joueur le plus brillant. Le plus souvent collé à la ligne, mais permutant parfois avec Ander Herrera, le meneur de jeu. C'est également un classique de Bielsa : il ne veut pas que la conduite du jeu soit le fardeau d'un seul joueur, ce qui peut devenir un problème dans sa formation preferée en 3-3-1-3/4-2-1-3. En venant dans l'axe, Muniain devient une seconde source de créativité. Andoni Iraola venait en général prendre le côté, bien que restant plus prudent que De Marcos.

Herrera a été le joueur ayant les courses les moins prévisibles. En plus de bouger dans la latéralité, il a aussi fait des courses vers l'avant jusqu'à dépasser Llorente. Il a d'ailleurs eu une bonne occasion dés la première minute sur une ouverture lobée, Llorente ayant fait dézoner la défense. Herrera a trouvé de l'espace partout où il a pu, revenant parfois plus bas qu'Ander Iturraspe pour amener de la surprise dans le jeu de son équipe au milieu.

A la mi-temps, Tottenham est passé en 4-4-2, Pavlyuchenko ayant d'abord joué seul devant. Cela entraine Bielsa à passer à 3 défenseurs, en fait il s'agit du fameux 3-3-1-3. Gurpegi a pris le poste de défenseur central droit, et des remplacements ont été effectués sur les ailes, le reste restant en gros identique.

Bilbao a semblé bien moins à l'aise dans ce système. Le principal problème a semblé venir des "latéraux" (milieux excentrés) qui ont joué trop bas, pressés par Aaron Lennon et Gareth Bale. L'Athletic se retrouvait alors trop souvent dans une forme de type 5-2-3, perdant le contrôle du milieu et subissant complètement la domination anglaise. Cela confirme l'idée qu'un 3-3-1-3 ne fonctionnerait pas en Espagne, un pays où sévissent beaucoup d'ailiers de qualité. En comparaison, comme on l'a vu pendant la Copa America, l'Amérique du Sud n'est pas riche en joueurs d'ailes de très haut niveau, à l'échelle international en tout cas, donc la problématique soumise à Bielsa est changée.

Avec le ballon

L'Athletic a été plus patient avec la balle que ce qu'on aurait pu imaginer en regardant le Chili : ils ont volontiers gardé la balle au milieu en 1ère mi-temps, et n'ont pas hesité à revenir sur les défenseurs centraux pour lancer des mouvements de derrière. Ils se sont plus appliqués à changer le rythme de leur attaque plutôt qu'à jouer "direct". Ils mènent la balle dans des zones où des 2 contre 1 peuvent apparaître, puis ensuite se lancent vers le but. Créer des surnombres dans certaines zones spécifiques a toujours été une priorité pour Bielsa, même pendant l'échauffement, un exercice de 5 minutes a consisté en un passe-et-va a grande vitesse.

L'accent a été mis sur les remontées de balles depuis la défense. Les deux centraux restent très bas pour recevoir la balle, et les deux latéraux étirent au maximum. Ces derniers donnent l'impression d'attaquer constamment, mais en réalité ils sont simplement intelligents dans le timing de leurs courses, ne montant que si il y a un espace à exploiter (que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'ailier).

L'intérêt porté à la possession du ballon signifie qu'un milieu à 3 est peut-être nécéssaire. En première mi-temps étaient alignés un récupérateur (Gurpegi), un courreur (Iturraspe) et un créatif (Herrera), et les choses se sont bien passées. Quand le courreur a été retiré en 2nde période (ou pour être plus précis, quand le courreur est devenu le récupérateur) l'Athletic a perdu son liant. Herrera a du descendre très bas pour avoir la balle, Llorente en a été privé et ne pouvait plus avoir d'impact. La sortie de Muniain, victime d'un coup en 1ère mi-temps, leur a aussi fait perdre leur meilleure solution sur le flanc.

Sans le ballon

Le presing a été, évidemment, une priorité, bien qu'il n'ait pas été aussi effrené que dans la version chilienne. L'Athletic laissait volontiers le joueur le plus bas de Tottenham (souvent Dawson) garder la balle, Llorente se contentant de couper les angles de passes, comme les milieux derrière lui. Tottenham a largement abandonné la possesion en 1ère mi-temps, principalement à cause du pressing au milieu.

L'effondrement en 2ème mi-temps peut être lié à un manque de forme des joueurs de l'Athletic, pas capables de maintenir la pression.

Comme mentionné précédemment, Bilbao était très vulnérable aux attaques rapides sur les ailes. Les deux buts concedés viennent de passes décisives de Bale et Lennon, et ce dernier a aussi obtenu un penalty manqué par Niko Kranjcar. Ce problème évident en 2nde mi-temps existait déjà en 1ère, et si cela se reproduit à l'avenit, Bielsa va devoir faire descendre d'un cran son "courreur" pour mieux protéger les latéraux, revenant alors à son 4-2-1-3.

Conclusion

Malgré la défaite finale, ce fut une prestation encourageante pour l'Athletic. Ils ont contrôlé la balle en 1ère période et réalisé un bon pressing. Il y a trop de variables en jeu pour déterminer avec certitude pourquoi ils se sont effondrés par la suite. Bielsa a changé de formation, mais Tottenham aussi, introduisant ses meilleurs joueurs (Modric et Bale). Sur cette base, cependant, le premier système est préférable pour l'Athletic : il donne plus d'options au milieu et l'équipe était moins "compartimentée". Le 3-3-1-3 demanderait un gros travail sur le positionnement des joueurs.

Reste que son travail a Bilbao est très interessant. Il est souvent vu comme un entraineur qui reste fidèle à ses idées même quand elles ne sont plus pertinentes, il va devoir maintenant montrer qu'il est capable de s'adapter pour intégrer les qualités et les spécificités qui ont permis à Bilbao de terminer 6ème de la Liga l'an dernier. Cela pourrait signifier une défense à 4 et une construction plus patiente. Quoi qu'il en soit, ce sera une saison fascinante pour Bilbao.

7 août 2011

Community Shield : Le quatuor offensif de Ferguson proche de sa souplesse de 2008

Les rencontres de Communauty Shield peuvent souvent se révéler assez quelconques. Celui de cette année fut explosif, avec le retour d'une équipe de Manchester Utd menée 2-0 à la mi-temps par Manchester City, pour finalement l'emporter 3-2.

Vu les nombreux changement opérés à la mi-temps, il serait tentant de résumer ce retour à une inspiration géniale de Sir Alex Ferguson. En réalité, United a été l'équipe la plus positive et créative pendant la majeure partie du match, et même sur la 1ère mi-temps, ils avaient de quoi être satisfaits de leur performance, à défaut du résultat.

Cette rencontre est souvent l'occasion pour de nouvelles recrues de faire leurs débuts, pourtant les 11 joueurs de  City étaient au club l'année dernière, et Roberto Mancini a utilisé la formation habituelle de 2010/2011. En revanche l'équipe de United apparait complètement différente de celle battue par Barcelone sur ce même terrain 9 semaines plus tôt. Un nouveau gardien, le sujet majeur de discussions à la mi-temps, et surtout un quatuor offensif très flexible.

Dans le sillage de la défaite face au Barça, beaucoup ont rapidement noté les différences évidentes entre les deux équipes, et suggéré des moyens d'utiliser le mercato pour que United ressemble un peu plus au Barça. Il y a du vrai dans ces analyses : Manchester doit mieux conserver la balle, par exemple, mais s'ils essaient simplement de copier Barcelone, cela ne les mènera nulle part. Le Barça peut s'appuyer sur les 3 meilleurs joueurs du monde, et une équipe rompue à leur système de jeu depuis le centre de formation. S'ils peuvent être stoppés, ce sera plutôt par une équipe utilisant sa propre stratégie pour les faire déjouer, plutôt que par une simple copie. On ne peut probablement pas dépasser le Barça dans le style Barça.

United a sa propre identité, et ferait mieux de s'inspirer de sa dernière victoire en C1 en 2008, ou de l'année suivante, où l'équipe avait été compétitive fasse à Barcelone en finale (qui se termina par une victoire logique du Barça, mais qui n'avait rien à voir avec la démonstration de cette année). La caractéristique majeure de cette équipe était sa flexibilité et sa souplesse. Ferguson utilisait Rooney, Ronaldo et Tevez de façon quasi-interchangeable.

Ceci changea avec le départ de Ronaldo et de Tevez, et bien que leurs remplaçants - Antonio Valencia, Michael Owen, Javier Hernandez et Dimitar Berbatov (bien que ce dernier ait cohabité quelques temps avec Ronaldo et Tevez) - soient tous d'excellents joueurs, ils n'ont pas la polyvalence de leurs prédécesseurs. Conséquence, Manchester est devenu plus conventionnel (chaque joueur a sa spécialité) et prévisible que les années précédentes. Lorsqu'ils ont échoué lors de la conquête du titre en 2009/2010, ZM l'a attribué à un manque de variété offensive.

La signature d'Ashley Young est significative, car il est capable de jouer sur les deux côtés, et même derrière l'avant centre, sa meilleure position selon son ex-entraineur Gérard Houllier. De plus, Danny Welbeck est aussi capable de jouer à gauche, à droite, et dans l'axe, choque que son coéquipier Tom Cleverley, de retour de prêt, devrait aussi se sentir capable de faire, même s'il est un joueur très différent. La performance excellente -et décisive- de Nani a aussi été bonne à prendre pour United. L'impressionnant retour de blessure de Valencia la saison dernière avait sorti Nani de l'équipe, malgré le fait que l'ailier Portugais ait été excellent toute l'année, à tel point qu'il avait été élu meilleur joueur de la saison par ses coéquipiers.

Ainsi, le 4-4-1-1 de United dans les "grands matchs" en fin de saison dernière était non seulement gravé dans le marbre en terme de composition d'équipe, mais aussi en terme de positions! Valencia a été magnifique sur plusieurs matchs, contre Chelsea à domicile par exemple, mais quand il a été moins bon, comme en finale de la C1, il a fait paraître United pour une équipe compartimentée plutôt que cohérente.


 Les déplacements du quator offensif Mancunien.


Il a été intéressant de voir Ferguson choisir un système de type 4-4-2 beaucoup plus flexible. Young et Nani peuvent occuper les deux ailes (Nani a commencé à droite, Young à gauche) mais sont rentrés rapidement vers l'axe pour combiner avec les attaquants. La clé a été le positionnement et le mouvement des deux de devant. Aucun n'est resté très haut au contact de la charnière de City, Welbeck redescendit bas, d'abord pour contrer Nigel De Jong, pendant que Rooney jouait en gros dans un rôle de 9 et demi. United jouait alors basiquement dans un 4-4-2, mais sans vrai buteur. Rooney et Welbeck se trouvant les yeux fermés avec Nani et Young, pendant que Kompany et Lescott devaient travailler dur pour couper ces passes. Quand ces deux dernier sortaient assez haut, un des attaquants Mancuniens pouvait faire une course dans leur dos. C'est un miracle que United n'ait marqué qu'après la pause, et ce fut après l'entrée de Cleverley pour Carrick. Cela n'a fait qu'améliorer les déplacements intelligents au niveau de l'attaque. 5 joueurs de United cherchaient à se mouvoir entre les lignes et à trouver des espaces dans des zones dangereuses. Le superbe 2ème but en est le résultat le plus évident (il est difficile d'imaginer United marquer un tel but dans son 4-4-1-1 de la saison précédente), l'équipe a un comportement totalement différent.

Ce but a déjà été qualifié de "barcelonesque" sur twitter, mais c'est une comparaison un peu simpliste. C'est plus similaire au type de but marqué par Arsenal dans le milieu des années 2000 - celui de Patrick Vieira face à Liverpool par exemple. Cette équipe d'Arsenal jouait, en effet, dans un 4-4-2 sans avant-centre fixe, et deux ailiers plongeant dans l'axe. Elle ou la propre équipe de United quelques années plus tard, sont de meilleures comparaisons.

Le but pourrait marquer le début d'une nouvelle ère dans le jeu offensif de United. Parler de nouvelle ère peut paraître idiot, il n'y a pas eut de révolution par rapport à Mai dans l'équipe alignée. Mais il y a eu de subtils changements effectués sur une trame déjà existante, et cela résume bien aussi ce que United va essayer de faire sur le terrain. Avec des joueurs plus polyvalents et une plus grande souplesse, il y a tout simplement plus de possibilités offensives.


L'article original en Anglais.

3 août 2011

Le 11 type de la Copa America par Zonal Marking

En cette période d'intersaison assez pauvre en termes de football, ZM propose une liste des 11 joueurs marquants de la compétition majeure de cet été.



Justo Villar (Paraguay)

On n'atteint pas la finale sans prendre ni marquer ni prendre de buts (dans les matchs éliminatoires) sans une bonne performance défensive. La défense à 4 constamment remaniée du Paraguay a été systématiquement impressionnante, mais Villar fut juste superbe. Il a réalisé de fantastiques sauvetages contre le Brésil, dont un tir-au-but, et a recidivé face au Venezuela.

Juan Zuñiga (Colombie)

Joueur utile avec Naples, mais joueur-clé avec la Colombie. Il a contribué aux bonnes peformances d'une défense qui n'a pas été prise à défaut pendant la phase de poules, et a su apporter fréquemment le danger vers l'avant, montrant de bonnes qualités balle au pied.



Sebastian Coates (Uruguay)

Le plus jeune de l'impressionnante collection de défenseurs centraux dont dispose l'Uruguay, et le meilleur sur cette competition. Après le cauchemar vécu par Lugano et Victorino face à Paolo Guerrero lors du premier match, Coates a integré l'équipe pour ne plus la quitter. Aussi à l'aise au marquage dans une défense à 4 que libéro dans une défense à 3, sa présence a semblé apporter beaucoup de sérénité à l'équipe Uruguayenne.

Oswaldo Vizcarrondo (Venezuela)

Un fantastique défenseur de surface. Sans-compromis, engagé, et excellent dans le positionnement. Le Venezuela a souvent dû laisser la majorité de la possession de balle à l'adversaire, mais Vizcarrondo fut la raison majeure de leur sérénité dans ces conditions. Il est aussi monté pour marquer une belle tête dans le quart de finale face au Chili.

Alvaro Pereira (Uruguay)

Pereira a debuté le tournoi sur le banc face au Pérou, les solutions qu'il apporte sur le côté gauche et ses courses offensives faisant cruellement défaut à l'Uruguay... mais il fut par la suite titulaire pour tous les autres matchs. Sa polyvalence fut utile : il peut jouer défenseur gauche, latéral offensif, ou milieu gauche.



Egidio Arevalo Rios (Uruguay)

Un compétiteur acharné au coeur du milieu. Alors que Luis Suarez recevait le trophée du joueur de la finale, c'est l'annihilation d'Ortigoza par Arevalo qui fut à la base de la performance Uruguayenne. Il a été utilisé dans une paire performante avec Diego Perez, mais le carton rouge de ce dernier face à l'Argentine, et la suspension qui suivit face au Pérou, permit de mieux apprécier les qualités d'un Arevalo plus isolé.

Tomas Rincon (Venezuela)

Un milieu de terrain puissant mais aussi doué techniquement, élu meilleur joueur du tournoi. Son sévère carton rouge face au Chili l'a privé de demi-finale, et sans sa force motrice au milieu, le Venezuela a eu beaucoup plus de mal à se créer des occasions.

Juan Arango (Venezuela)

Un autre Vénézuélien qui a montré de belles qualités techniques au milieu, et une grande qualité sur les coups de pieds arrêtés. Ces frappes ont en effet eu un grand rôle à jouer dans cette competition dominée par les balles arrêtées. Cela fut notamment criant sur les deux buts Vénézueliens face au Chili.

Alexis Sanchez (Chili)

Pas tout à fait au niveau qu'il a atteint avec l'Udinese cette saison, mais une menace permanente pour l'adversaire. Il fut aussi à la finition dans des moments importants : un joli but face au Chili, et une passe décisive face au Vénézuela.

Luis Suarez (Uruguay)

Une bonne fin de match (et un but) face au Pérou a permis à Suarez de rester dans le 11 titulaire après que Tabarez ait choisi de passer à 2 attaquants au lieu de 3. Cela lui a donné plus de liberté, ainsi qu'un rôle plus axial, il a alors pu se placer dans les intervalles, recevoir des ballons entre le central et le latéral avant d'aller vers le but. Il a aussi montré une incroyable capacité à gagner des coup-francs et à faire avertir ses défenseurs - en particulier face à l'Argentine, un match où l'Uruguay eût grand besoin de sa malice pour rester en vie.

Paolo Guerrero (Pérou)

L'avant centre "tout-terrain" classique : conservation du ballon, appels dans les intervalles, duels aériens et présence à la réception des centres, Guerrero a été épuisant pour tous ses adversaires, bien que n'ayant que peu de soutien de la part de ses coéquipiers. Lui et Suarez sont les meilleurs buteurs de la competition, mais aussi de loin les meilleurs attaquants.


Autres joueurs méritant d'être cités :

Fernando Muslera (Uruguay)
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Mario Yepes (Colombia)
Diego Lugano (Uruguay)
Dario Veron (Paraguay)
Maicon (Brésil)
Pablo Armero (Colombie)
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Carlos Sanchez (Colombie)
Nestor Ortigoza (Paraguay)
Jorge Valdivia (Chili)
Ganso (Brésil)
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Sergio Aguero (Argentine)
Lionel Messi (Argentine)
Diego Forlan (Uruguay)
Joel Campbell (Costa Rica)

L'article original en anglais (Note : des vidéos supplémentaires s'y trouvent)
L'article en espagnol

31 juillet 2011

Uruguay 3-0 Paraguay : Tabarez fait bien les choses

L'Uruguay remporte sa 15ème Copa America (un record) grâce à une excellente performance pleine de maîtrise.

Oscar Tabarez aime surprendre dans sa composition d'équipe et sa formation, mais il a utilisé le 11 attendu sur ce match, dans un système en 4-4-1-1 que l'on peut identifier comme son choix favori durant ce tournoi.

L'équipe de Gerardo Martino était moins prévisible – il a effectué 4 changements par rapport à la demi-finale remportée face au Venezuela, mais a conservé en gros le même système – un 4-4-2 / 4-5-1 assez restrictif avec Pablo Zeballos effectuant des courses vers l'avant depuis sa position en retrait sur le côté droit (bien qu'il ait parfois échangé ce rôle avec Nelson Valdez).

L'Uruguay a été meilleur sur tout le terrain – plus sûr derrière, plus puissant devant, et surtout, il a remporté la bataille du milieu.


L'Uruguay met immédiatement la pression

Beaucoup s'attendaient à une finale assez lente et ennuyeuse à Buenos Aires, cela a donc dû être un choc pour les paraguayens de se retrouver acculés dans leur surface de réparation dans les premières minutes de jeu. L'Uruguay a mis la pression dès l'entame, obtenant 5 corners en à peine 7 minutes, et se procurant plusieurs occasions durant ce laps de temps – le ton du match était donné, et l'équipe de Tabarez prenait directement le contrôle des opérations.

Comme beaucoup de matchs interessants d'un point de vue tactique, l'enjeu majeur se trouvait être le tempo. Les paraguayens avaient intérêt à jouer sur un rythme lent – calmant le jeu, attaquant tranquillement en donnant presque l'impression de ne pas vraiment chercher marquer, comme l'illustre leur série de 5 matchs nuls durant la compétition. L'Uruguay était plus rapide, plus désireux d'apporter la balle à l'avant, et plus prompt à bloquer Ortigoza.

La bataille eut lieu dans la partie centrale du milieu de terrain, et tourna plus précisément autour de Nestor Ortigoza : c'est un excellent meneur de jeu reculé, avec une grande qualité de passe longue ou courte, et c'est surtout celui qui dicte le tempo paraguayen. Il ralentit le jeu par des passes intelligentes, mais il manque de mobilité, ce n'est pas un joueur adapté à un rythme élevé. Martino le sait et il n'utilise pas Ortigoza quand il a besoin de volume de jeu : il n'a pas été aligné lors du quart de finale face au Brésil, où l'équipe a cherché à exercer un pressing important.

Le fait qu'il ait été aligné cette fois nous dit tout à propos de l'idée de Martino. Il voulait un match lent, et Tabarez en avait conscience. En réponse, Tabarez donna à Diego Perez et Egidio Arevalo la permission de jouer plus haut que d'habitude – peut-être parce que les milieux paraguayens étaient peu offensifs – intervenant ainsi très vite sur les milieux adverses. Arevalo, peut-être le meilleur joueur Uruguayen de cette Copa, fut plutôt actif sur la gauche, et avait donc la responsabilité de bloquer Ortigoza.

L'action du 2ème but – où Arevalo pressa Ortigoza, gagna la balle, puis décala Diego Forlan à la finition – a résumé assez joliment cette bataille tactique. Ce fut assez proche de la façon avec laquelle Yaya Touré a mis en danger Michael Carrick en demi-finale de la Cup. L'intelligent meneur de jeu reculé a besoin de temps avec la balle, tandis qu'un un joueur physique et déterminé tente de l'en priver. C'est souvent de cette façon que la lutte pour le contrôle du rythme se produit au milieu, mais il est rare qu'une telle action débouche directement sur un but.

Manque de largeur

Martino a fait une erreur dans sa composition d'équipe qui a participé à la défaillance d'Ortigoza. Avec Zeballos se déplaçant rapidement dans l'axe – avec, honnêtement, peu d'impact – le Paraguay se retrouvait avec 4 milieux axiaux n'apportant aucune largeur. C'est un gâchis énorme de faire jouer Ortigoza, habitué à distribuer des passes dans les espaces libres, sans avoir aucun joueur capable de se déplacer dans ces zones pour les recevoir.


Les 2 problèmes d'Ortigoza: (1) Le pressing d'Arevalo. (2) L'absence de solutions vers l'avant.

Encore une fois, il s'agit d'une illustration spécifique d'un problème plus général : la volonté du Paraguay de produire un jeu de passe lent, mais en réduisant leur milieu à 4 joueurs alignés couvrant, disons 20m au lieu de 50, cela facilita le pressing uruguayen, et empêcha les guaranis de conserver la balle. Ce n'est pas un hasard si Barcelone écarte au maximum ses joueurs, augmentant la zone de jeu “active” : la bataille du milieu peut être gagnée en dominant numériquement le centre du terrain, mais il faut toujours disposer de solution pour ressortir la balle. Avec aucun joueur permettant d'étirer latéralement le jeu, et un manque d'appels vers l'avant, il est compliqué d'imaginer comment le Paraguay éspèrait porter le danger.

C'est peut-être en fait le cœur du problème : il ne cherchaient pas tant que ça à agresser l'adversaire, le 0-0 les contentait. Concéder le premier but dans ces conditions devenait donc un désastre.

2ème mi-temps

Etrangement, Martino décide de ne rien changer à la mi-temps. Et tout aussi étrangement, le Paraguay revient dans le match. La principale raison est le recul uruguayen. Tabarez a probablement pensé que ses joueurs ne seraient pas en mesure de maintenir un pressing intense sur tout le terrain, et avec les cartons jaunes de Diego Perez, Martin Caceres et Maxi Pereira, cela ne valait pas le coup de continuer d'agresser les milieux adverses très haut. Un second carton inutile (chose fréquente dans ce tournoi) aurait redonné espoir au Paraguay. En outre, Perez semblait totalement épuisé quand il fut remplacé au milieu de la seconde mi-temps. Dans un des rares matchs (de la Copa) joués l'après-midi, la température légèrement plus haute a peut-être joué un rôle.

Evidemment, Ortigoza eut donc plus de temps pour jouer, et il entra dans le match. N'ayant pas de solution sur les ailes, il a cherché à trouver les attaquants. Il le réussit sur une superbe passe pour Valdez, dont la volée à l'entrée de la surface frappa la barre. Par la suite, Ortigoza obtint enfin du mouvement sur les côtés grâce au latéral droit Ivan Piris : une nouvelle passe exceptionnelle, suivie d'un centre à ras de terre de Piris que Riveros aurait du convertir. Ce fut la meilleure opportunité paraguayenne.

A la 65ème minute Martino fait entrer Marcelo Estigarribia sur l'aile gauche, et Hernan Perez à droite, apportant ainsi des solutions permanentes sur les côtés. Caceres et Vera sortent. Le Paraguay semble alors un peu mieux, mais le troisème remplacement est un désastre. Lucas Barrios n'était clairement pas en état de jouer – il ressentit une douleur à la cuisse dés son entrée en jeu – et s'effondra après à peine 5 minutes. Comme pour l'entrée de Roque Santa Cruz en demi-finale, qui conduit au même résultat, cela mit fin aux espoirs offensifs des paraguayens. Par ailleurs ils se retrouvèrent alors ouverts aux contres de la Celeste, et un brillant mouvement entre Cavani, Suarez et Forlan déboucha sur le plus beau but du tournoi, sur sa toute dernière attaque.

Conclusion

Il y a eu, bien sûr, beaucoup d'autres facteurs influents sur le match. Suarez a été peu mentionné ici, mais il a mis la défense paraguayenne en lambeaux : prises d'intervalles, provocation de fautes, conservation du ballon. Son titre d'homme du match n'est pas surprenant, mais en termes de tactique, cela peut être simplement décrit comme un joueur exécutant parfaitement sa tâche habituelle.

La « vraie » bataille tactique tournait autour du tempo au milieu, et était centrée sur Ortigoza. Quand on le laissait jouer (en seconde mi-temps) il était le joueur clé du match. Quand on ne le laissait pas (dans la première) il était un handicap pour son équipe.

Tabarez doit être félicité pour ses décisions au cours du tournoi. Il a utilisé un grand nombre de joueurs (les 20 joueurs de champ ont eu du temps de jeu), des formations variées et différentes stratégies sans le ballon. Néanmoins, presque toutes ses approches ont fonctionné, et malgré un départ timide, les performances de la Celeste en demi-finale et en finale furent deux des plus convaincantes du tournoi.


Article original en Anglais
Version en Espagnol