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21 février 2012

PSG 2-2 Montpellier : étroitesse contre largeur

Le leader de L1 affrontait le second ce dimanche, et a maintenu son avance d'un point.

Privé de Javier Pastore (présent sur banc néanmoins), Carlo Ancelotti fait peu de changements par rapport au match nul 0-0 à Nice : seul Matuidi remplace Bodmer au mileu.

René Girard en fait 3 : Hilton revient en défense, Camara est titularisé à droite, et Jamel Saihi reprend sa place dans l'axe du milieu, dans une formation en 4-2-3-1.


Le PSG dominant dans l'axe

Ce match est une opposition de style, ou plus précisément une opposition de formations.Le PSG jouait fréquemment en 4-2-3-1 avec Antoine Kombouaré, mais sous la houlette de Carlo Ancelotti ils évoluent plutôt en 4-3-2-1, son système de prédilection avec Chelsea et Milan.

Face au 4-2-3-1 de Montpellier, cela entraine que les deux équipes sont fortes dans des zones totalement différentes. Paris occupe le centre du terrain,  Jérémy Menez et Nene prenant rarement les ailes, malgré leur habitude de jouer justement à des postes plus excentrés. Ils n'écartent pas plus quand l'équipe perd la balle, contrairement aux leurs alter-egos du Chelsea d'Ancelotti, qui transformaient le 4-3-2-1 avec la balle en 4-3-3 sans.Dans ce pur 4-3-2-1, le PSG joue à 5 contre 3 dans l'axe, bien que les ailiers de  Montpellier fassent un bon travail de repli axial pour protéger la défense.

Il est aussi notable que Menez a passé plus de temps à gauche, Nene travaillant à droite. C'est le contraire de leur positionnement habituel, et la preuve claire qu'Ancelotti souhaite qu'ils combinent dans l'axe, plutôt que de coller aux lignes.

En résultat, la majorité des offensives parisiennes viennent de l'axe. Cela inclut une bonne combinaison pour l'occasion de Kevin Gameiro en 1ère mi-temps, par exemple. Le coup-franc marqué par Alex est aussi gagné en position axiale. L'utilisation du 4-3-2-1 par Ancelotti est probablement destinée à utiliser Pastore dans le système où il excellait à Palerme.

Montpellier contre sur les ailes
Le PSG a un 5 contre 3 dans l'axe, mais Montpellier a des 2 contre 1 sur les côtés.

Les visiteurs profitent bien de ces deux joueurs libres sur les ailes, les latéraux attaquent bien et multiplient les centres au second poteau. Bien que les Parisiens dominent en terme de possession, 57%-43%, ils ont du mal à amener le ballon à l'avant (on y reviendra). Ce n'est au contraire pas un problème pour Montpellier, qui a toujours une solution de sortie facile avec un arrière latéral, qui peut ensuite monter et combiner avec son ailier pour déborder le défenseur adverse.

De plus, Montpellier utilise mieux la balle que le PSG, et réussit à maintenir de longues phases de pression. Ils gagnent des corners en forçant les défenseurs de Paris à des têtes en position dangereuse, récupèrent le ballon à la sortie du corner, l'écartent, et répètent le scénario.

Leurs deux buts viennent de centres, Hilton pour Younés Belhanda puis Olivier Giroud à destination de John Utaka. Le PSG dispose de deux défenseurs centraux forts dans les airs avec Mamadou Sakho et Alex, mais ils ne pouvaient que renvoyer les centres initiaux, et ce sont souvent des milieux déboulant dans un second temps qui ont posé problème.

Autres points importants


On se doit toutefois d'ajouter d'autres remarques aux lignes précédentes pour mieux rendre compte du contenu du match :

1) Le PSG n'a pas pleinement profité de sa supériorité numérique au milieu, parce que le jeu de passe de Blaise Matuidi et de Momo Sissoko a été moyen tout au long du match – des passes simples pas suffisamment appuyées et imprécises. Thiago Motta est descendu très bas chercher des ballons, et a de ce fait fait défaut plus haut sur le terrain pour donner des ballons dangereux, et le PSG manque d'un joueur qui peut diriger le rythme du match et distribuer rapidement des ballons à Nene et Menez.

2) Bien que cerné d'adversaires, Belhanda a fait un excellent match dans l'axe, transmettant rapidement le ballon de la défense à l'attaque, il a créé trois occasions pour son équipe.

3) En 2ème mi-temps les latéraux du PSG se positionnent plus haut pour forcer les ailiers adverses à descendre, et ont contribué à stabiliser la situation sur les ailes

Montpellier aurait pu et aurait même dû gagner ce match, mais a concédé l'égalisation en fin de match après une perte de balle dans l'axe alors que beaucoup de joueurs étaient devant la balle, et que l'équipe était donc vulnérable. Il est intéressant de noter que Girard a sorti ses deux milieux défensifs, Estrada et Saihi, pour faire rentrer Stambouli et Marveaux. Il est facile de le dire après coup, mais peut-être que Girard aurait dû garder un des deux et renforcer l'axe du terrain, là où le danger pouvait venir côté Parisien, malgré le passage de ces derniers en 4-2-3-1 "étroit" après l'entrée de Pastore.

Conclusion

Deux équipes avec des qualités différentes. Montpellier a été supérieur, débordant constamment son adversaire sur les côtés. Paris a eu besoin des erreurs adverses et des coups de pieds arrêtés pour marquer, et est clairement une bien meilleure équipe avec Pastore

Avec 8pts d'avance sur Lille, le titre devrait se jouer entre ces deux équipes : Paris a des joueurs supérieurs, mais le système de Montpellier est plus cohérent.

13 février 2012

Zambie 0-0 Côte d'Ivoire : la Zambie remporte la CAN 2012 aux tirs aux buts

Compositions après le changement rapide côté Zambien sur blessure. Les deux paires d'ailiers ont souvent permuté.
La Zambie créé la surprise en gagnant cette finale serrée aux penalties.

Hervé Renard fait le choix prévisible mais intelligent de modifier l'équipe qui avait battu le Ghana en demi-finale. Emmanuel Mayuka démarre avant-centre, Chisamba Lungu sur l'aile, et Isaac Chansa reprend sa place dans l'axe.

Après un turnover important pendant le tournoi, François Zahoui quant à lui ne modifie pas le XI qui a éliminé le Mali au tour précédent.

Cependant, la Zambie est obligée de rapidement remplacer l'arrière gauche Joseph Musonda, blessé, par Nyambe Mulenga, comme on le voit sur le diagramme ci-contre.

Début du match 

La première occasion de but est à la faveur des Zambiens, après un corner à la rémoise joué très intelligemment le long de la ligne. Cette combinaison avait déjà été réalisée contre le Ghana et il est surprenant que les Ivoiriens n'y aient pas été mieux préparés. Dans un tournoi qui manque désespérément de buts marqués dans le jeu, il est logique de travailler particulièrement les coups de pieds arrêtés, et c'est probablement dans ce domaine que la Zambie est la plus dangereuse.

A part cette occasion, le tempo du début de match est relativement lent. Les deux charnières centrales ont de longues périodes avec la balle, qui circule lentement. La blessure a contribué à casser le rythme du jeu dés le début. 

Positionnement des joueurs

La Zambie est organisée en gros de la même façon que depuis le début du tournoi. 4-4-2 sans le ballon, 4-2-2-2 avec lui, et Chansa se mêlant à l'attaque pour apporter numériquement à l'offensive. En position défensive, Katongo et Mayuka se positionnent entre les défenseurs centraux Ivoiriens et les milieux défensifs pour couper des angles de passes et ralentir les attaques adverses.

Didier Zokora est descendu plusieurs fois au niveau de ses défenseurs pour toucher des ballons, et il aurait probablement dû le faire encore plus; cela apporte de la fluidité, la balle arrive plus vite à l'avant, et les latéraux peuvent monter avec plus de liberté.

Le rôle de Touré

La grande question côté Ivoirien est de savoir à quelle hauteur va se situer Yaya Touré. Il semble avoir été aligné comme un numéro 10 finalement, mais a reçu très peu de passes dans cette position et a fini par descendre de plus en plus bas pour recevoir la balle.

La Zambie lui accorde volontiers la liberté de jouer entre les lignes, et son impact se révèle limité, malgré une belle action en fin de première mi-temps où il a plongé dans la défense avant de tirer de peu à côté, le tout en étant assez libre de marquage. Bref, il n'a pas réalisé le match de sa vie, et il a été finalement sorti en fin de match.

Jeu en contre

Les deux paires d'ailiers ont enchaîné les permutations tout au long du match, ce qui n'est pas la plus inventive des stratégies... . Cependant, en fin de 1ère mi-temps quand la Zambie arrive à garder la balle dans le dernier tiers adverse, Gervinho et Kalou ont commencé à se procurer des opportunités en contre, et la Zambie a vraiment été en danger à ce moment. Les Ivoiriens sont plus dangereux en contre tout simplement parce qu'ils attaquent en trop faible nombre pour pouvoir déséquilibrer une défense complète de 4 joueurs.
Cet espoir en contre semble avoir entrainé des instructions différentes en 2ème mi-temps. L'équipe joue plus bas, laisse avancer les Zambiens, pour les attirer et contrer dés la récupération. Il y a cependant un réel effort offensif en face, avec en particulier les déplacements du très bon Chansa.
Remplacements
Cinq remplacements sont effectués, mais seulement deux sont importants. Les autres sont en effet (a) le changement précoce pour blessure des Zambiens, (b) Didier Ya Konan remplaçant Zokora, et (c) Wilfried Bony entrant en lieu et place de Yaya Toure. Ce sont des changements qu'on peut qualifier de poste pour poste, bien que Konan joue plus haut que  Zokora, et laisse Tioté comme unique milieu défensif, alors qu'il avait déjà un carton jaune. Il est passé près du second plus tard dans le match...
Mais les changements clés ont lieu sur les ailes. Max Gradel remplace Kalou, et vient chercher des ballons beaucoup plus bas (ce qui est important pour une équipe qui n'arrive pas jusque là à alimenter sa ligne d'attaque).
En face, Renard sort courageusement Nyambe, descend Lungu en arrière gauche et introduit l'ailier Felix Katongo. Gradel et Katongo ont tout deux créé des occasions avec leur vitesse sur les côtés, rappelant l'entrée de Jesus Navas en finale de la coupe du monde : une option latérale salvatrice quand tout le jeu se passe dans l'axe et que les joueurs commencent à fatiguer.
Peu de progrès au final
La recherche tactique s'arrête ici pour ce match. Dans un sens – et cela peut paraître étonnant vu le score de 0-0 – les deux équipes se sont retrouvées bloquées par le fait qu'elles avaient proposé leur système le plus offensif dés le coup d'envoi. Yaya Toure étant déjà haut sur le terrain, la Côte d'Ivoire ne peut pas apporter de nouveauté en le faisant monter. De même, Renard already avait déjà deux milieux sur les ailes et Chansa dans l'axe, plutôt que sur le côté comme face au Ghana. A part ajouter plus de vitesse sur les flancs, il n'y a donc aucun plan B évident pour les deux équipes, bien qu'il faille noter le changement risqué de Renard au poste d'arrière gauche. Est-ce un choix fait à cause ou malgré le pénalty gagné par Gervinho 5 minutes plus tôt dans cette partie du terrain?
La prolongation est classique : tendue, lente, et sans ambition. Les deux équipes ont peur de se livrer malgré des phases de possession importantes au milieu, et le 0-0 est un résultat logique au final.

Conclusion

La victoire Zambienne est un grand moment pour des raisons humaines, mais elle est aussi intéressante sur un plan plus technique. D'autres équipes nationales devraient s'inspirer du plan Zambien, en persévérant avec de jeunes joueurs sur une période assez importante, malgré de mauvais résultats au départ. Cette équipe est le fruit d'un travail de 6ans, et avait eu des résultats prometteurs chez les jeunes. "La planification sur le long terme n'est pas un concept révolutionnaire, mais elle est assez rare dans le football africain pour que ceux qui s'y essayent reçoivent de vraies louanges", remarque Jonathan Wilson.

C'est un nouvel exemple - après la Grèce en 2004, le Ghana et l'Uruguay en 2010, et plusieurs équipes en Copa America 2011 - que le succés au niveau international face à des adversaires supérieurs réside dans une mentalité globalement défensive, une bonne organisation, du travail sur les coups de pieds arrêtés et des qualitiés en contre.
La Côte d'Ivoire en étant consciente, et n'a pas concédé le moindre but en 6 rencontres, illustrant l'intérêt de garder une charnière inchangée pendant une compétition même avec du turnover aux autres postes (bien qu'une certaine solidité initiale aide cette politique...). L'équipe a rarement pris de gros risques, en général à raison, mais la difficulté à se créer des occasions n'est plus vraiment une surprise. Il manque encore un authentique technicien au milieu. 0-0 en 120 minutes est une fin logique pour un tournoi en manque de créativité dans le jeu.
Ce match se termine sur un nul, mais c'est une victoire tactique pour Renard. La tactique consiste à tirer le meilleur de ses joueurs, et étant donné les moyens considérablement plus important de l'équipe ivoirienne, on peut considérer que Renard est celui qui a maximisé ses ressources.